Doit-on réglementer la consommation de sucre chez les enfants?

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La semaine dernière, des chercheurs de la Californie ont proposé, dans un commentaire publié dans la prestigieuse revue scientifique Nature 1, que le gouvernement réglemente le sucre au même titre que le tabac et l’alcool. Ainsi, le gouvernement devrait taxer les sucreries et interdire la vente d’aliments et boissons sucrés aux jeunes dans les dépanneurs et épiceries, surtout ceux situés à proximité des écoles. Est-ce la bonne solution?

Les propositions provocatrices des chercheurs ont suscité une forte réaction dans les journaux et les tribunes téléphoniques. J’ai moi-même été appelé à en débattre sur LCN lors de l’émission de Richard Martineau.
Au-delà de la vive opposition à ce que le gouvernement décharge les parents de leurs responsabilités et contrôle à leur place la consommation d’aliments et boissons sucrés par les enfants, il est nécessaire de remettre en perspective le problème de la consommation de sucre dans notre société et de proposer des solutions sensées.

Tout d’abord, voici le plaidoyer des trois chercheurs: «Les trois quarts des frais médicaux aux États-Unis sont consacrés au traitement des maladies chroniques (dont l’obésité et le diabète) et autres problèmes métaboliques associés à l’alimentation, essentiellement au sucre ajouté aux aliments et boissons, explique l’auteur principal, le Dr Robert Lustig. De plus en plus d’études montrent que manger trop de sucre raffiné dérègle l’appétit et crée une dépendance. Or, la consommation de sucre a triplé dans le monde au cours des 50 dernières années, et les effets d’une consommation excessive de sucre sont toxiques, similaires à ceux d’un abus d’alcool sur le foie par exemple.»

Le but visé consiste à diminuer la surconsommation de sucre raffiné ajouté aux aliments transformés et aux boissons sucrées allant au-delà de 50%. C’est ce que propose un comité de l’American Heart Association, dont fait partie le Dr Lustig, pédiatre.

Bien qu’il soit exagéré d’interdire la vente de sucreries, de bonbons et de boissons sucrées aux enfants, certaines mesures réglementaires pourraient être envisagées pour limiter l’accès au sucre raffiné et en augmenter le prix en vue de réduire sa consommation.

– Inciter les producteurs de l’industrie à limiter la teneur en sucre d’aliments qui en contiennent beaucoup tels que les muffins et les céréales destinées aux enfants. Certaines céréales contiennent jusqu’à 50% de sucre. C’est un non-sens!
Sortir des écoles la malbouffe, dont les aliments et boissons trop sucrés. Cette mesure est déjà en place au Québec dans les machines distributrices et les cafétérias scolaires depuis 2007.
Interdire la publicité de malbouffe, dont des aliments sucrés, chez les enfants de moins de 13 ans. Cette mesure légale est déjà en place au Québec.
Instaurer une taxe d’accise (pouvant aller jusqu’à 35 sous par litre) sur les boissons sucrées. Une telle taxe doit être élevée pour influencer l’achat et la consommation d’un tel produit; cela pourrait rendre la consommation de lait plus attrayante, surtout s’il était vendu à un prix comparable aux boissons sucrées. À condition que les revenus de cette taxe soient utilisés pour promouvoir une saine alimentation.
Interdire la vente de boissons énergisantes aux enfants de moins de 13 ans. Ces boissons devraient être considérées comme des drogues stimulantes sucrées 2.
 – Afficher les étiquettes et le tableau de valeur nutritive sur les emballages informant sur la teneur en cuillerées de sucre des boissons sucrées telles que les boissons énergisantes et les eaux vitaminées. Ces catégories de boissons ne sont pas soumises à la loi des aliments, ce qui devrait changer prochainement.

Le contrôle de la consommation de sucre par les enfants revient aux parents, et non pas au gouvernement. Comme le disait Stéphane Laporte dans sa chronique de La Presse 3, il ne faut pas gaver les enfants de tablettes de chocolat et de boisson gazeuse au quotidien; ça reste une exception et non pas la norme. Pour doser la consommation de sucré chez les enfants, il y a les parents. Toutefois, des mesures incitatives de nature environnementale et réglementaire peuvent aider les parents et les enfants à prendre plus facilement des décisions informées et éclairées.

Référence(s)

1 Lustig R.H., Schmidt L.A. and Brindis C.D., Public health: the toxic truth about sugar, Nature, 482: 27–9, publication accélérée en ligne 1er février 2012, doi:10.1038/482027a.
2 Les boissons énergisantes et le sport, Énoncé de position, Association québécoise des médecins du sport. 25 novembre 2010.
3 Bonbons pas bon, Stéphane Laporte, La Presse, 6 février 2012.
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Paul Boisvert, PhD, docteur en kinésiologie
Coach Minceur en perte de poids santé
Expert-analyste sur l’obésité, la saine alimentation et l’activité physique
http://coachpoidssante.ca
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Fermeture de restaurants PFK et Dunkin’ Donuts au Québec: les Québécois se désintéressent-ils de la malbouffe?

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Depuis un an, de nombreuses succursales de  Dunkin’ Donuts et de PFK ont fermé leurs portes au Québec.  Que s’est-il passé pour en arriver là et au profit de qui?
La concurrence entre Dunkin’ Donuts et Tim Hortons luttant pour un marché similaire a tourné en faveur de Tim Hortons. Dans ce cas-ci, l’alternative plus variée  et d’allure santé  de Tim Hortons (soupe et sandwich, bon café pour un lunch, un snack ou au déjeuner, le beignet étant un complément) a eu raison de Dunkin’ Donuts avec seulement 13 succursales ouvertes en jan 2012 suite à la vague de fermeture depuis quelques années, alors qu’il y en avait 200 il y a 10 ans.

Pendant ce temps Tim Hortons doublait le nombre de ses succursales au Québec et au Canada. Bien qu’ils  aient modifié récemment l’ offre de lunch pour offrir eux aussi le trio soupe, sandwich et café pour copier la recette à succès Tim Horton, l’emphase étant quand même mise sur le beignets, un aliment plaisir à consommer occasionnellement et mauvais pour la santé.

Le problème ici en est un d’image de marque, d’un marketing déficient et d’une concurrence qui a su bien saisir le changement de comportement et des besoins des consommateurs désirant une offre plus variée, axée sur la vente de café du matin (en plus du beignet). «Tim Hortons a su s’imposer dans le marché avec une stratégie d’occupation du territoire très bien définie et un choix de produits diversifié», souligne Normand Turgeon, professeur de marketing au HEC.

Assez surprenant de la part de Couche Tard, le dépanneur à succès qui, en faisant l’acquisition des Dunkin’ Donuts au début des années 2000, n’a pas été en mesure de relancer l’offre alimentaire et l’approche marketing de la chaîne au Canada face à un compétiteur qui a visé juste.

Résultat : de nombreux Dunkin ont fermés et les Tim Hortons ont poursuivis leur croissance.

Dans le cas de la fermeture récente d’une douzaine de  succursales de  PFK (Poulet Frit Kentucky)[ref]Cowansville : le PFK ferme ses portes La Voie de l’Est 19 janvier 2012[/ref], le parallèle est frappant bien que moins évident.

PFK continue d’offrir du poulet frit, plein de mauvais gras associés à la malbouffe. Il faut croire que leur publicité choc de l’an dernier sur le sandwich « coup double » ou « double down » (les deux tranches  pain du sandwich n’a pas su rallier beaucoup d’adeptes au Québec.  Le problème est que en continuant de  miser sur leur image de marque de poulet frit, ils n’ont pas su renouveler leur offre de produits ainsi que le lieu de vente.

Dans un article de Marie Allard publié le 1 février 2012 dans La Presse,  je déclarais : « Ils misent aussi sur les repas pris en famille. En effet, PFK n’a jamais été un endroit convivial pour manger sur place mais davantage pour commander au comptoir ou livrer à la maison. »
Hors ce type de nourriture, retiré des cafétérias scolaires en 2007 n’a pas bonne presse. Alors vers quoi les consommateurs se retournent-ils au niveau de la restauration rapide?

Maintenant, les gens mangent de plus en plus à l’extérieur de la maison dans un endroit agréable pour relaxer, prendre un café et naviguer sur internet. Il ne nous viendrait pas à l’idée d’ aller chez PFK pour manger sur place. De plus, ils veulent une alternative santé en y ajoutant une salade par exemple, pour se donner bonne conscience au-delà de l’aliment frit. Le marché du sandwich a ainsi poursuivi une bonne croissance, assurant la rentabilité des restaurants Subway et le développement des Quiznoz.

Pourtant, Mc Donald’s s’en tire bien malgré qu’il soit l’emblème des attaques sur l’offre de malbouffe. McDo mise maintenant sur une ambiance conviviale, sociale et une offre de café de qualité. Cela rejoint la tendance d’aller manger sur place dans un café, style Starbuck, Second Cup, Tim Hortons, et dans le marché du poulet, les St-Hubert et les Scores.

Ce dernier, qui offre un bar à salade, connait une croissance notable depuis quelques années. La popularité de Scores est indéniable car, selon mes observations personnelles, ce resto à service rapide est plein les soirs de week-end avec un attrait pour les familles et la classe moyenne… le marché cible de PFK!

Le consommateur serait-il en voie de choisir des options moins dommageables pour sa santé? Tout indique que ce pourrait être le cas. Le trio pur et dur de malbouffe semble sur son déclin. Pour séduire le consommateur, l’industrie lui propose une plus grande variété de choix dont une alternative santé, dans une ambiance agréable et conviviale.

Journal de Québec 11 janvier 2011 Dunkin Donuts ferme ses restos
Radio-Canada 14 avril 2011 Fermeture des Dunkin’ Donuts en Mauricie
Cyberpresse-Le Soleil 28 juin 2011 La compétition écrase Dunkin’ Donuts au Canada
La Presse, 1er févrierPoulet Frit Kentucky bat de l’aile, par Marie Alllard,

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Paul Boisvert, PhD, docteur en kinésiologie
Coach Minceur en perte de poids santé
Expert-analyste sur l’obésité, la saine alimentation et l’activité physique
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